Quand mes paupières se soulèvent, je suis seule, au fond de quelque chose. Je ne vois rien. Je suis seule et j'ai peur. Pourtant, ils sont là, ils doivent être là, autour de moi, ils l'ont toujours été, avec leurs voix que je reconnais, sans trop savoir vraiment qui ils sont. J'ai envie de pleurer, j'ai faim. Mon corps n'est qu'une masse de chair gourmande. Je crois que c'est juste ça que je veux, qu'on mette quelque chose dans ma bouche, et pour l'obtenir vite, je me mets à crier. J'ai envie de sa peau, à elle, contre la mienne et il faut que ça arrive vite. Elle s'approche, j'entends ses pas et tout à coup, je suis soulevée, mon champ de vision est différent, et tout est soudain si confortable, si rassurant, si doux. Je suis tout contre elle, son odeur est la mienne, son goût est ma nourriture, ses paroles remplacent tout le reste, comme une musique apaisante. Et j'en oublie mes larmes, j'en oublie ma peur. Je la mange, je la gloutonne, parce que c'est tout ce que je sais : je dois manger pour construire, pour apprendre, pour grandir.